présenté par Gilles Froger
LoudyDi, Frédérique Charles, Kai Lai Gao, Naëlène Regolle, Florent Varupenne
Des hommes, des femmes, la création ? Alors, oui, Vertigo s’impose. On se souvient de ce fameux film tiré d’un roman de Boileau et Narcejac : Ferguson, un détective souffrant de
vertige, est manipulé par un ami d’enfance qui fait de lui le très sincère témoin de la mort accidentelle de sa femme (en vérité, il s’agit d’un meurtre). Par delà l’ingéniosité du scénario,
se jouaient de multiples effets de rencontre entre le réel et l’imaginaire, à commencer par le vécu d’Hitchcock dans ses rapports complexes et singuliers avec les femmes, au premier rang
desquelles, bien sûr, les actrices.
Ici, précisément, ce sont les « actrices » qui ont en quelque sorte réécrit le scénario, le réduisant à sa seule scène centrale et de dénouement – celle, célèbre, de l’escalier en spirale.
Chacune y va donc de son hypothèse et de ses interrogations : qui poursuit qui ? qui doit sauver qui ? est-ce aux hommes de toujours endosser le rôle de sauveur ? est-ce aux femmes de
toujours jouer les séductrices doublées d’amoureuses ? est-ce à elles de toujours succomber en victimes ?... Autant de questions qui donnent en effet le vertige, d’autant quand elles sont
traitées sur le mode burlesque d’escalades d’escalier à répétition. Car ici, au lieu d’une héroïne que l’on voit grimper les marches fatales, il y en a quatre. Et elles ne font pas
que grimper, elles redescendent aussi, et se croisent, se bousculent, se poursuivent entre elles (une, même, porte un plâtre à la jambe) et entraînent le héros, bien motivé pourtant pour les
sauver toutes, dans une déboussolante entreprise d’impossible secours.
Les Réalisatrices, court-métrage, 8’04, janvier 2006.
Le spectateur, un peu effaré par cette joyeuse insurrection, ne sait plus non plus où donner de la tête : les actrices, marre d’être dirigées par qui que ce soit, sont devenues réalisatrices.
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Derniers Commentaires